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Défi de l’automne
Imaginons ensemble la Rentrée que chacune, chacun vit à sa façon en introduisant, dans un texte poétique, la phrase « Il pleut des feuilles ». Je vous propose pour vous inspirer :
Ma Rentrée
Ce matin, j’ai un peu de chagrin.
Bonne élève, tôt je me lève,
Avec courage, oui, je me lève !
Dans le jardin des feuilles volent.
C’est déjà l’automne au sol.
Il pleut des feuilles.
Et d’un seul coup, je n’ai plus de chagrin…
C’est la Rentrée !
Ce défi vous était proposé dans le septième numéro de notre infolettre (automne 2025).
IL PLEUT DES FEUILLES
Défi d’écriture – automne 2025
En cet automne, l’immeuble avait encore grandi. Plus grand que le plus grand gratte-ciel de l’immense ville, il avalait tout l’espace autour de lui, réduisant à rien les vieux bâtiments des alentours. Sa façade en verre noir ne laissait rien deviner de ce qu’il se passait dedans. La grande porte donnant sur le boulevard était le seul lieu animé par les entrées et sorties de quelques personnes, sous le regard perçant de quatre vigiles, également en noir, le visage en partie dissimulé par la large casquette et les lunettes noires.
Nulle inscription, nulle image informait sur l’activité qui régnait pourtant à l’intérieur, une activité fébrile, débordante qui expliquait la croissance rapide de l’immeuble, lui qui était resté si discret, si petit pendant tant d’années. Seulement voilà, les temps avaient changé.
Quelques initiés savaient.
Des journalistes bien sûr, dont c’est le métier de découvrir ce qui se trame dans l’ombre. Les libraires aussi : ils voyaient leurs rayons se remplir progressivement au fil des années de livres noirs, au détriment des autres ; tout cela sans en avoir l’air, l’un après l’autre. Et tous savaient maintenant que les livres noirs venaient de l’immeuble noir.
C’étaient des livres que vous ne connaissez pas vous autres qui vivez dans un pays de liberté, d’égalité, de fraternité. Des livres noirs contenant des idées noires. Des idées que l’on trouve de plus en plus dans la tête des gens aujourd’hui. Avant, quand une personne était habillée bizarrement, on levait les yeux au ciel ou l’on souriait, amusé. Puis, petit à petit, cette extravagance a agacé, énervé pour finalement faire peur. Et si vous n’aviez pas peur, les livres noirs vous expliquaient qu’il fallait avoir peur. Peur de l’autre, celui qui ne parle pas la même langue, qui n’a pas la même tête, ou la même religion ou les mêmes idées politiques et bien d’autres choses encore qui fait que les êtres humains sont tous différents.
Beaucoup de gens s’inquiétaient de cette inflation de peur et de haine. Mais pas seulement les gens, les livres aussi. Tout du moins ceux qui parlaient de bonheur, de paix, d’amour et il y en avait beaucoup, car, dans ces temps troublés, les êtres humains aimaient se retrouver dans ces belles histoires qui montraient qu’ils pouvaient vivre en bonne intelligence, sans passer leur temps et leur énergie à défendre bec et ongle leur pré carré, ou à aller piquer dans l’assiette (ou le territoire) du voisin.
Ces livres en avaient assez d’être entassés, devant résister aux poussées sournoises des livres noirs.
Alors, un soir, après la fermeture, à la nuit tombée, ils sortirent. Ils s’envolèrent tous pour se réunir autour de l’immeuble noir, volant tout autour ou se posant sur les branches des arbres environnants.
Ils entamèrent un chant très doux, très implorant à l’attention du ciel lui demandant d’agir contre ce fléau démoniaque. Le ciel encore bleu était teinté de rose et d’orange à l’horizon. Il s’apprêtait à passer une douce nuit en compagnie d’une lune encore occupée ailleurs et des étoiles qui, progressivement, venaient le rejoindre ; des étoiles si différentes, si éloignées les unes des autres et qui, malgré cela, ensemble, formaient le spectacle le plus fascinant du monde.
Le chant fit place à des plaintes, expliquant surtout au ciel quels dangers représentaient ces livres noirs.
Lui dont on disait qu’il hébergeait un lieu extraordinaire où l’esprit des défunts pouvait poursuivre leur vie dans la paix, lui qui n’était que lumière avec son pote le soleil, le ciel donc, n’appréciait guère que les humains viennent gâcher cet univers qu’il contribuait à faire vivre. Bah oui, c’est quand même lui qui donnait lumière et donc chaleur mais aussi un peu de pluie (par partout d’accord et des fois un peu trop). La destruction progressive de ce petit coin peinard de l’univers l’agaçait déjà pas mal, alors l’histoire des livres noirs lui fit monter la moutarde au nez, si l’on peut dire.
D’un coup de vent, il convoqua les nuages sur le secteur, d’abord blancs puis gris pour devenir très très noirs. Le vent, informé de ce qu’il se passait, s’énerva franchement, concentrant sa mauvaise humeur (le mot est faible) sur l’immeuble en question. Une pluie rageuse s’abattit sur l’édifice et les éclairs s’en donnaient à cœur joie.
Evidemment, avec un tel déchaînement, nul édifice humain peut résister : les vitres volèrent en éclats, les cloisons s’effondrèrent, les planchers s’écroulèrent. Des milliers de livres noirs étaient emportés par la tourmente, volant très haut dans le ciel en colère, déchiquetés par les éléments en furie.
Son œuvre achevée, le ciel redevint calme en quelques instants, les nuages circulèrent vers d’autres horizons, le vent alla voir ailleurs s’il n’y avait pas quelques éoliennes à faire tourner.
La lune prévenue de l’action en cours avait accouru et éclairait le spectacle fascinant de millions de livres déchiquetés et qui retombaient doucement sur terre.
Perché dans un arbre, un exemplaire ouvert du best-seller de St Exupéry contemplait la scène ; le Petit Prince appela le renard et s’installa près de la rose. Du doigt, il montrait les milliards de pages qui planaient dans le ciel :
« Regardez les amis : il pleut des feuilles ! »
Philippe B. (novembre 2025)
Défi de l’été
Imaginons ensemble un dialogue où Utopie le chaton abandonné raconte son histoire à l’Arbre de l’été…
Ce défi vous était proposé dans le sixième numéro de notre infolettre (été 2025).
Un début…
─ Moi, c’est Utopie, et toi géant aux bonnes odeurs, tu t’appelles comment ?
─ Je ne m’appelle pas, mais si tu veux tu peux me donner un nom.
─ Bon, je vais t’appeler Géant parfumé. Dis, raconte-moi un peu ton histoire, beau Géant parfumé.
─ Il y a très, très longtemps ici, dans ce jardin qui n’en était pas encore un, il y avait des tas de géants comme moi. Après un hiver bien long, j’ai commencé à grandir près des miens. Hélas, cette belle vie n’a pas duré ; des humains sont arrivés et les ont coupés avec leurs énormes machines à gros bruits. J’ai cru que ça ne s’arrêterait jamais. Bien plus tard, encore tout, tout petit, je me suis retrouvé bien seul. Ils ne m’avaient pas vu. Et le temps a passé et j’ai grandi, grandi. C’est ainsi que maintenant, je suis installé dans ce jardin. Et toi Utopie, raconte-moi ton histoire.
─ …
Je suis né quelque part, je ne sais où, citoyen du monde en quelque sorte !
Quand j’ai été retiré à ma mère, ce fut bien sûr un déchirement, mais je me suis rapidement adapté à mon nouveau logis : grand appartement avec terrasse ; des jardinières à maltraiter, des coussins moelleux à démolir, un canapé plus que confortable et parfait pour l’entretien de mes griffes, et puis des croquettes à volonté !
Par-dessus tout, des siestes ponctuées de câlins avec mes compagnons adultes et enfants.
J’étais jeune et intrépide : grimpette dans le sapin de Noël, pugilat avec les peluches dont je sortais toujours vainqueurs, escalade des meubles de la cuisine pour goûter les plats, et j’en oublie sûrement !
Était-ce par lassitude de mes blagounettes ou parce que les vacances venues, personne ne pouvait me servir, bref, je me suis retrouvé sans transition dans une ferme pas loin d’ici.
Le choc ! tu m’imagines, moi le citadin toujours dans les coussins, au sec et au chaud, des croquettes rien que pour moi, et d’un seul coup, je me retrouve dans la grange avec poules et coqs, très bruyants, levés aux aurores, au moment précis où je rentre me coucher ? Me voilà à naviguer dans l’étable, à la recherche désespérée de lait évacué directement dans un réservoir inaccessible, en évitant les chutes de bouses et les vaches qui se couchent ! L’enfer quoi !
Les paysans étaient trop occupés et fatigués à cette époque de l’année pour me faire des câlins, et gare au balai ou au torchon si j’entrais dans la maison pour trouver un endroit confortable où dormir : allergie au poil de chat ! Tu parles.
Je garde le pire pour la fin de l’histoire : le chien !
Certes, il est comme moi : quatre pattes, une queue et des poils… Remarque, les Hommes, c’est pareil, ils se ressemblent tous et pourtant ils passent beaucoup de temps à se mépriser, se moquer, s’insulter, se taper dessus. Alors pourquoi pas les chats et les chiens !
Au début, j’en avais peur jusqu’à ce que je comprenne qu’il était attaché (il l’est toujours d’ailleurs). Est-ce pour cela qu’il est si agressif ? La liberté rend plus calme ? Mon jeu favori était de lui chiper ses croquettes ; jeu dangereux certes, mais ô combien exaltant ! quel défi chaque jour renouvelé ! Cela le mettait dans une rage pas possible qui me comblait absolument. D’accord, je sais ce que tu vas me dire : ce n’est pas la peine de critiquer les Humains pour finalement faire la même chose : ce n’est pas faux…
Progressivement, je me suis mis à explorer les environs, à chasser, oui, oui, car les croquettes ne suffisaient pas, j’allais de plus en plus loin, en vagabond : moins de confort, mais plus de liberté, et de belles rencontres, comme avec toi, aujourd’hui.
Dans ton quartier, il y a quelques humains sympathiques. Toujours quelque chose à se mettre sous la dent, quelques câlins, et hop ! Un petit voyage avant de revenir.
Et crois-moi, je ne changerai tout ça pour rien au monde.
Philippe B. (septembre 2025)
Défi du Printemps
Créez une poésie à partir de cette célèbre comptine chantée depuis la nuit des temps :
Pâquerette je t’aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie !
Ce défi vous était proposé dans le cinquième numéro de notre infolettre (printemps 2025).
Pâquerette, je t’aime un peu, quand tu refermes tes pétales la nuit.
Pâquerette, je t’aime beaucoup, quand ton petit cœur jaune se réchauffe au soleil.
Pâquerette, je t’aime passionnément, quand tu fleuris nos jardins à Pâques.
Pâquerette, je t’aime à la folie, quand ta blancheur immaculée nous invite à la pureté et à l’innocence.
Martine R. (mai 2025)


